Tatie Danielle

Réalisé par
Etienne Chatiliez

avec
Tsilla Chelton, Catherine Jacob
1991
1h50m


To the Teacher | To the Student | I | II | III | IV | V | VI | VII | VIII | IX | X |
Début du film (11 mn)

Personnages: Tatie Danielle, Odile (sa bonne)

 

J'ai laissé brûler la compote... Oui, oui, oui, oui, oui. Mais, qu'est-ce qui se passe? Vous m'avez fait une frayeur!

De l'eau sucrée. J'ai la bouche sèche.

Vous me tuerez. Vous verrez, un jour vous me tuerez. Ça suffit, Garde-à-vous!

Morue.

 

Yaaaaaourt!!

Ma pauvre fille. Je ne vois pas pourquoi vous mettez un journal par terre; il mange plus proprement que vous.

N'essayez pas d'être méchante.

La petite cuillère. Des sucrettes.

Mais où ai-je la tête?

Vous n'en avez pas de tête, ma pauvre Odile. Un pois chiche. Voilà ce que vous avez là. D'ailleurs, je n'en veux pas. Je suis patraque aujourd'hui.

Pensez-vous! Vous êtes en pleine forme. Je mourrai avant vous.

J'espère bien. Puis recoiffez-vous. Regardez-moi ça. Vous avez l'air d'une folle.

J'ai pas eu le temps.

"J'ai pas eu le temps. J'ai pas eu le temps." Souillon.

Vous voyez bien qu'il m'en colle partout.

Mais oui. Mais oui. Mais oui. Oui, mon tout beau.

Je vais descendre en ville.

Pour aller traîner, vous êtes toujours prête. Par contre, pour nettoyer le lustre...c'est une autre affaire.

Mais non. J'ai sûrement oublié les paupiettes ce matin chez le boucher. Impossible de mettre la main dessus.

Encore des paupiettes?!

C'est pourtant goûteux, les paupiettes. Et puis je prendrai du Tanakan chez le pharmacien. Vous n'en avez plus. Il faudra passer à la banque aussi. Je vais être juste.

Non.

Quoi non?

J'irai pas à la banque.

Vous commencez à être méchante. Si vous me faisiez cette procuration, vous ne seriez pas toujours obligée de vous déplacer.

Pour que vous me dépouilliez mon compte? Je ne sais pas danser, mais je vois clair.

C'est honte de dire des horreurs pareilles. Je préfère rien entendre. Je file.

On dit: C'est une honte.

 

Les volets sont toujours fermés chez les Ladurie. Vous vous êtes renseignée?

Ils sont à Cassis chez leur fils aîné.

A Cassis?

Oui, il a fait construire. Ils y restent deux mois. Oh, les pauvres. Ils ont dû faire piquer leur chien avant de partir. Elle avait l'arrière train paralysé.

Miquette?

Oui.

Tiens. Emmenez Garde-à-vous. Ça lui fera prendre l'air.

Mais il a passé l'après-midi dans le jardin. Vous savez bienqu'il tire comme un âne. J'ai perdu ma force, moi. Je préférerais prendre la voiture.

A pied. Ça vous fera le plus grand bien.

Bon. Allez, Garde-à-vous. On y va! A tout de suite. Vous voulez rien?

Si, je voudrais pouvoir lire tranquillement.

Garde à vous, viens ici! Arrête. Sage, hein. Tu tires pas!

Pauvre dinde.

 

Et, doucement. Lâche-moi.

Nous avons une urgence.

J'en suis consciente.

Il faut trouver le moyen de le faire sortir de cette baraque.

Oui, oui. J'ai tout arrangé .

Je répondrai pas.

Ce qui m'occupe le plus pour l'instant, c'est votre manque de self-control.

Ça suffit comme ça.

Allez, vas-y. Oui. Mais qu'est-ce que tu attends. Casse-moi le bras. Vas-y.

Mais tu vas voir qu'il va lui casser le bras.

Cochonnerie de robinet. Mon pauvre Edouard. C'est dur à ravoir; regarde-moi ça. J'ai beau frotter. Ça ira bien comme ça. Edouard. Elle m'a encore parlé de cette procuration pour la banque. Mais, ne t'inquiète pas, je ne cèderai pas, Aujourd'hui elle m'en a encore fait voir toutes les couleurs. Comment, qui ça? Mais, cette imbécile d'Odile. Maintenant elle vole. Il ne manquait plus que ça. Il manquait cent francs, dans la boite en fer. Je vois clair tout son jeu. Elle ne pense qu'à la banque. Tiens, au fait, la rue de la banque est piétonne. Il n'y a plus de voitures, mais des bacs à fleurs. C'est pas pratique. Elle oublie tout. Ce soir, c'est la porte d'entrée qui est restée ouverte. Elle va nous faire tuer, un jour. D'ailleurs, ça serait mieux ainsi. Pourquoi vous ne me faites pas mourir, bon Dieu, pour rejoindre mon Edouard. Je suis une pauvre vieille toute seule abandonnée aux mains d'une folle. Bon soir, mon Edouard. Viens vite me chercher. Je suis trop malheureuse.Tu sais, je crois que tu avais raison; elle déteste le chien. Comment, qui ça? Mais Odile, pardi!

 

Faites attention où vous mettez les pieds.

Garde-à-vous, postier.

 

Garde-à-vous, viens ici. Tu vas là-bas. Garde-à-vous, tu vas là-bas. Allez, Hop. Là-bas! Il est impossible ce chien. Il faut pas exciter ce chien, vous verrez, un jour on aura des histoires. Tenez, votre journal. Et vous avez une lettre de Paris. C'est sûrement de vos neveux. C'est tout de même plus net. Rentrons, je n'en peux plus.

 

 

Transcription 2 (11mn 6 sec)

Personnages: Tatie Danielle, Odile, le clochard dans la rue, Jean-Pierre (le neveu de tatie Danielle), Catherine (sa femme), leurs enfants: Jean-Christophe, Jean-Marie

 

Ils ont de l'argent à perdre.

Garde à vous, épagneul.

Garde à vous, berger allemand.

Garde à vous, la dinde.

J'ai pas été trop longue?

Je me sens faible.

Vous n'êtes pas raisonnable. Vous n'avez rien mangé au déjeuner.

Je pourrais peut-être manger un gâteau.

Non, vous savez ce qu'a dit le Dr Millet, le moins de sucre possible.

Venez, allons tranquillement vers la banque. Un peu d'air frais vous fera du bien.

Je ne veux pas.

Faites pas la gamine. Tout le monde nous regarde. A chaque fois c'est la même comédie.

Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous laisser vider mon compte en silence.

Dites pas de bêtises.

Qui vole un oeuf, vole un boeuf.

Tu restes tranquille; tu ne bouges pas.

Vous êtes pas raisonnable.

Mourir de ça ou d'autre chose.

Gros fainéant.

Va te faire foutre, vieille conne!

Malotru! C'est immonde d'insulter une dame de cet age!

Morue!

 

De la part de Mme Marquerite Poulichet, son épouse; Mr et Mme J-P Breslin et leur fille, Mr et Mme Paul Thomas et leurs enfants.... Paul Thomas, c'est celui qui a le garage?

Non, c'est les Breslin qui ont le garage.

Alors Paul Thomas est celui qui a fait faillite?

C'est ça.

Qui est-ce qui a un enfant anormal?

Ben, ça, c'est les Breslin.

A chacun sa croix.

Vous n'avez même pas ouvert votre lettre depuis l'autre jour.

Quelle lettre?

Celle de vos neveux, pardi!

De toute façon, ça ne peut être qu'une mauvaise nouvelle.

Ouvrez-la tout de même.

Ouvrez-la; vous en mourez d'envie.

Seigneur! Ils arrivent mercredi. Ahhhhhh, c'est demain!

Comme je vous disais que ce serait une mauvaise nouvelle.

J-P dit qu'ils viennent fleurir la tombe de ses parents.Ils viendront pas cet été car, oh, ils vont en Grèce.

Ça me fait une belle jambe.

Ils ont téléphoné plusieurs fois. Ça ne répond jamais. Ils resteront pas pour déjeuner pour ne pas déranger. Je vais tout de même leur préparer un petit quelque chose.

Qu'est-ce qui vous dit qu'ils viennent pas déjeuner?

C'est tout de même vos neveux.

Petits-neveux. Nuance.

Ils sont très gentils. Ils vous invitent toujours à Paris. Ça nous ferait une petite distraction. Les enfants ont dû grandir.

Ben, parce qu'en plus il y a les enfants. C'est le bouquet.

Bon, je vais préparer quelque chose de vite fait.

C'est ça, vite fait. Moi, je m'en lave les mains.

Tiens, on livre des meubles chez les Bernot.

Oui, je crois qu'ils font refaire leur cuisine.

Qu'est-ce que c'est que cette fantaisie à leur age? Ils doivent avoir de l'argent de côté. Avec tout le marché noir qu'il a fait pendant la guerre.

Je voulais faire quelque chose; j'ai complètement oublié ce que c'était.

Vous vouliez peut-être nettoyer le lustre. Oh, ça y est, ça me reprend, je me sens pas bien. Je dois avoir les intestins bloqués.

Bon. Reposez-vos un petit peu avant le dîner. Je ferme les volets et je vous monte une verveine.

Vous êtes sûre d'avoir fermé la porte? Je sens un courant d'air.

Bien sûr. Tiens, vous avez raison. J'ai dû oublier.

Vous arriverez bien à me faire tuer un jour.

Tu t'arranges bien,mon Totoff.

Tiens, Odile.

Ah, bonjour. Garde à vous, couché! Il pense qu'à jouer.

Venez, venez. Venez vous mettre à l'abri. Il pleut. Entrez. Je vous ai fait quelque chose de bien chaud.

 

Bonjour, ma tante.

Oh, voilà les Parisiens.

Comment allez-vous, tatie Danielle?

Comme ci, comme ça, mon pauvre Catherine. Je me faisais une telle fête de vous voir. J'ai bien vieilli. Il est temps d'aller rejoindre mon pauvre Edouard.

Allons, voyons.

C'est rien; c'est un peu de fatique. Avec tous ces changements de temps... Odile nous a dit que ça vous avait pris soudainement.

Oui, soudainement. Oh, c'est les deux petits dans le fond.

Oui.

Comme c'est gentil. Merci mon petit.

C'est Jean-Christophe.

Ah oui, Christophe.

J'ai 8 ans.

Bonjour, ma grande.

Ah non, non, c'est Jean-Marie, tatie.

Je suis bête. Bien sûr, c'est un garçon. Il a de beaux yeux de fille.

Donnez-moi les pâtes de fruit; je vais les ranger. Le sucre n'est pas recommandé en ce moment.

J'espère que vous allez préparer un petit quelque chose pour ces enfants, au moins.

Oui, oui.

Descendez avec Odile. Il faut pas fatiguer tatie Danielle.

Je les garde car elle vole tout. C'est devenu une manie. Je vais être obligé de m'en séparer, mais qui s'occupera de moi? Personne ne veut plus de vieilles femmes comme moi...Peut-être dans une maison de retraite. Mon Edouard aurait pas voulu ça. Pauvre Edouard. Mourir le jour de l'Armistice; vous vous rendez compte? Il paraît qu'ils battent les vieux.

Tatie, ne vous inquiétez pas. On ne vous abandonnera jamais. Vous êtes notre seule famille.

Vous avez bon coeur. Si vous pourriez croire, cette Odile que j'ai hébergée et nourrie... me volait. La nuit quand je l'appelle, elle se lève même pas. Elle oublie tout. Elle fait une nourriture abominable. Même Garde-à-vous n'en veut pas. Elle me tuera avec ses paupiettes. Et puis, surtout, il y a cette procuration.

Quelle procuration, ma tante?

Elle veut une procuration pour la banque pour me dépouiller. Surtout, ne dites rien. Elle me battrait.

Ne vous inquiétez pas. Personne ne vous battra. Nous sommes là.

Alors, tu es venu fleurir la tombe de tes parents?

Mais oui, comme chaque année, et enlever les mauvaises herbes.

C'est bien. Ceux-là aussi sont partis bien vite. Ils avaient pas beaucoup de santé; mourir d'une grippe, c'est trop bête.

Oui, mais ma tante, c'était la grippe asiatique de '56. Elle était terrible. Il y a eu 20,000 morts.

Couvre-toi bien, quand-même. Vous n'étiez pas brune, autrefois?

Oh non, j'ai toujours été rousse.

Oui, mais, c'est tout de même de la teinture.

Non, c'est juste un léger shampooing colorant.

Ah, bon. Et ta soeur, elle a oublié sa grande-tante, elle?

Non, elle travaille beaucoup; elle n'a pas pu se libérer.

Ah, très bien. Elle est toujours pas mariée avec ce garçon?

Non, pas encore.

Elle est un peu ingrate de visage.

Non, elle a son type, vous savez.

Elle viendra vous rendre visite cet été. Nous, on pourra pas; nous partons en Grèce au mois de juillet.

Vous ne viendrez pas. C'est dommage. Vos visites me font toujours tellement plaisir.

On va vous laisser tranquille, tatie.

 

Ça m'a retourné de voir tatie dans cet état.

Demain, il n'y paraîtra plus; elle trottera comme un lapin. Si vous pouviez lui dire de me faire cette procuration, ça serait plus pratique.

On verra ça une autre fois, mais, pour l'instant il faut qu'elle se rétablisse.

Surtout, embrassez-la bien pour nous. On veut pas la réveiller.

Oui, oui, oui.

Je vous appelle demain, Odile, pour prendre des nouvelles. Et je vous en prie, Odile, répondez au téléphone. La semaine dernière, j'ai appelé vingt fois, ça ne répond jamais.

Oui, je sais.

Surtout, prenez bien soin de tatie.

Ne vous inquiétez pas.

Au revoir, Odile.

Au revoir, les enfants. Viens, viens, mon petit.

Et surtout, faites attention sur la route.

 

Transcription 3 (14 mn15 sec)

 

Personnages: Tatie Danielle, Odile, la voisine, Jean-Pierre (le neveu de tatie Danielle), Catherine (sa femme), leurs enfants, Jean-Christophe, Jean-Marie, Agathe (qui travaille au salon de beauté), Mme Lafosse (cliente au salon)

 

Ou, ou!

Ah, Mme Ladurie. Ah, ce que je suis contente.

Cassis était beau....ne vous mettez pas en retard. Allez-y.

 

Garde-à-vous, pousse-toi de là. C'est pas le moment. Garde-à-vous, tiens-toi correctement. Je vais me fâcher.

"En plus du manque total d'hygiène et de la nourriture exécrable, les pensionnaires de la maison de retraite étaient régulièrement attachés aux barreaux de leurs lits des journées entières. Le directeur, Hector Jobic et sa concubine, Madeleine

Joxe continuent à nier en bloc." Je leur couperais la tête à ces deux monstres. Ce serait vite fait.

Arrête!

Ahhh. Vous vous êtes enfin décidée à nettoyer le lustre. Il était temps.

 

Tu parles d'une chute. Regarde-moi, c'est un chantier, ma pauvre Odile. Tu seras toujours aussi maladroite. Garde-à-vous, tu vois ce que je vois? Je sens qu'on va bientôt aller à Paris.

 

Quelle tragédie. Pauvre Mlle Dombasle. Une mort aussi bête, c'est impensable. Et quelle idée de vouloir nettoyer le lustre à son âge! Elle était très attachée à votre tante. Elle l'adorait.

Elle avait un coeur d'or, vous savez? Elle a laissé tout ce qu'elle a possédé à ma tante.

Ça va me faire tout drôle de ne plus la voir. 52 ans que nous étions voisines. Toute une vie. Vous pensez qu'elle va s'habituer à Paris?

Au début, ce sera un peu difficile, mais c'est elle qui l'a voulu et puis nous sommes contents de l'avoir avec nous. Ça nous rassure.

Ah, comme je vous comprends.

Alors, elle met en vente?

Oui, elle a voulu partager la maison entre ma soeur et moi à charge de nous occuper d'elle. Elle ne manquera de rien, vous savez?

Je le sais. Elle a l'air très gentille, votre soeur.

Oui, elle est très douce. Je voulais vous remercier pour Garde-à-vous. Je vous cache pas qu'à Paris c'était un cauchemar, surtout avec notre vieux Couic.

A Paris, c'était une folie. On se sentira en sécurité avec lui. Si ça ne vous ennuie pas, je préfère ne pas lui dire au revoir. Je n'aurai pas la force. J'ai peur que ça lui fasse de la peine pour Garde-à-vous.

 

Il a quel age, votre Couic?

Quatorze ans.

Le même age que Jean-Marie.

Ça fait sept fois plus; il a 98 ans. C'est vieux pour un chien. On passe par Sens?

Par Sens? Non, je pensais prendre l'autoroute.

Non, on passe par Sens.

 

Bonjour, tatie Danielle.

Bonjour, bonjour.

Je t'ai dit de ne pas me serrer comme ça. Tu m'étouffes. Débarrasse-moi de ce chien. Il sent mauvais. Allez. Va te

coucher. T'as pas des devoirs à faire?

Non, demain, c'est samedi. Tu joues avec moi?

Non, j'ai pas envie de jouer.

Tu veux pas venir au parc avec moi?

Tu vois pas que je lis? Arrête de te balancer comme ça. Tu me donnes le tournis.

Je vais faire un dessin.

C'est ça...C'est ça, va faire un dessin. Il est collant, cet enfant. Avec tout l'argent que je leur ai donné. J'ai tout de même le droit d'être tranquille. Faut pas me compter pour la bonne d'enfants.

tatie, je te vois.

Il veut ma photo?

 

"Les Jardins de la Beauté", Bonjour...

Encore un petit peu de courage. C'est dommage que ce ne soit pas plus net; il reste toujours dans le pli de la fesse.

Excusez-moi, Mme La Fosse. Catherine, c'était Jean-Christophe. Il est rentré de l'école. Tout va bien.

Merci, Agathe. Voilà. Allez, on arrache. Vous pouvez baisser ses jambes.

Ça va mieux...J'ai le derrière en feu.

Ça va passer. Installez-vous bien. On s'allonge sur le ventre.

Alors, dites-moi. Comment ça se passe avec votre tante?

Ça va. Elle s'habitue très bien à Paris. Vous vous rendez compte, ça fera déjà deux mois jeudi.

Oh ce que ça passe vite. Elle doit être contente avec les enfants.

Oui, très. J'ai toujours eu un peu peur qu'ils la fatiguent. Je ne vous fais pas mal?

Non, pas du tout. C'est nerveux. Vous avez vraiment du courage, vous et votre mari. C'est tellement rare, de nos jours, de s'occuper des gens agés.

Ça me semblait tout à fait normal. Pour mon mari et ma belle soeur, elle est leur seule famille.

Ah bon? En tout cas, chapeau! Mais, vous, vous avez encore vos parents?

Oh non, pensez-vous. Je suis orpheline depuis l'age de 6 ans. Mes parents ont été des fous d'alpininsme, mais ils ont dévissé avec ma soeur. J'ai d'ailleurs gardé une phobie de la montagne. Les Alpes m'ont fait trop de mal.

Oh, ma pauvre petite, quel malheur! Excusez-moi, je ne savais pas.

Je vous en prie. Alors, vous comprenez, tatie, c'est un peu la grand-mère que mes enfants n'ont jamais eue. C'est normal qu'on la chouchoute.

Et pour les vacances? Comment vous allez faire?

C'est arrangé avec ma belle-soeur. Elle vient s'installer dans la maison pendant les 3 semaines où on est en Grèce.

Oh, comme ça, c'est parfait.

Voilà, c'est fini. On se retourne. On met une petite lotion chèvre-feuille pour rafraîchir. Ne vous inquiétez pas, c'est sans alcool. Oh, on n'a pas fait la moustache.

Je la ferai la prochaine fois. Ça peut encore aller, hein?

Oui, mais ne tardez pas trop, hein?

Au revoir, Agate.

Au revoir, Mme Lafosse.

Alors, à très bientôt, Mme Lafosse.

Au fait, j'ai complètement oublié de demander des nouvelles de M. Lafosse.

On a enlevé les fils hier. Il a encore du mal à s'asseoir, mais je pense qu'on est sur la bonne voie. Bonne fin de semaine.

Merci, vous aussi.

Au revoir.

 

Totoff? C'est Maman.Ça va mon bébé?... Jean-Marie est rentré? ...Ah, c'est aujourd'hui la danse que j'avais oubliée. tatie va bien? Elle a mangé? ... C'est pas grave. Elle mangera mieux ce soir. Elle est dans sa chambre? Bon, alors tu lui demandes si elle veut quelque chose et tu fais tes devoirs. C'est bien, mon ange. A tout de suite. Quoi? D'accord. Mickey ou Exterminator? Mickey, tu l'as déjà? D'accord, j'oublierai pas.

Vous trouvez pas que j'ai le teint brouillé, Agathe?

Oui, un peu, oui, hein? C'est votre base qui fixe pas. Vous avez pas eu une contrariété? C'est vrai que quand on est contrarié, la base fixe pas.

Non, je n'ai pas eu de contrariété.

 

"L'artillerie tire ...(la télé)"

Totoff, t'es trop près, mon chéri. T'abîmes tes yeux.

Quelqu'un pour m'aider. On va se mettre à table. Jean-Marie, viens dîner.

Va aider maman. Je vais chercher tatie.

Attention à la sauce, hein, mon Totoff.

Oui.

Je t'ai fait ta purée de céleri.

Miam, j'adore ça.

Vous avez prévenu tatie?

Papa est allé la chercher. J'veux pas de carottes.

T'as tort. Ça fait de belles cuisses.

Et puis, ça rend aimable.

Alors?

Rien, tatie ne vient pas tout de suite; elle lit.

On n'a pas une petite entrée ce soir?

Non, les avocat et les crevettes n'arrivent pas à décongeler.

Elle est jolie, notre maman, avec son nouveau chemisier violet.

Eh ben, c'est un Ted Lapidus que j'ai eu chez Dérusse.

Oh, Madame.

Oh, Madame!

Regardez-moi ces deux fous! Samedi je voudrais aller choisir le papier pour la chambre de tatie. On pourrait l'emmener. Tu crois que ça l'amuserait?

Oui, sûrement.

Moi, samedi, je révise. Ah, voilà tatie.

C'est sur quoi, votre interrogation?

La sexualité des bactéries.

tatie, samedi, ça vous amuserait de venir chercher votre papier pour votre chambre?

Je vois vraiment pas ce qu'il y a d'amusant, mais le mien est tellement laid!

Je suis d'accord avec tatie; il est hideux.

Moi, j'aimais bien mes petits Schtroumphs. On les a comptés avec papa. Y en a plus de 4 000!

Oui, mais c'est un papier peint pour un petit garçon, pas pour tatie.

Vous ne mangez pas, tatie?

Merci, j'ai pas faim.Qu'est-ce que c'est comme viande?

Un petit morceau de veau au basilique.

J'ai horreur du basilique.

Mais, je suis désolée. Je ne savais pas.

Vous le saurez.

 

Qu'est-ce qu'il a, le petit loup?

Je crois que tatie n'aime pas ma cuisine.

Mais non.

Elle ne m'aime pas.

Qu'est-ce que tu vas encore t'imaginer?

T'as raison. J'suis injuste. Oh, puis, je voulais tellement lui faire plaisir.

Mais tu lui fais plaisir. Qu'est-ce qui se passe mon Totoff?

Rien, c'est tatie qui a marché sur la patte de Couic sans faire exprès.

 

 

Transcription 4 (10 mn 46 sec )

 

Personnages: tatie Danielle, Jean-Pierre (le neveu de tatie Danielle), Catherine (sa femme), leurs enfants, Jean-Christophe, Jean-Marie, Jeanne (la soeur de Jean-Pierre)

 

Venez, tatie. On va faire un petit tour de Paris pour vous changer les idées.

 

Des après-midi comme ça, je n'en souhaite à personne!

 

"Nous avons passé la nuit à jouer au Blackjack.

C'est la vérité? Lâche-moi.

Qu'est-ce qu'il y a?

Vous pensez que je suis comme les autres? Que vous pouvez m'avoir comme ça?

Ça vous fait peur de devenir une femme? Il est peut-être temps de grandir, Mademoiselle.

Taisez-vous!

Un instant, je vous préviens que si vous me giflez, je me sentirai obligé de vous rendre la pareille.

Vous êtes viré! Allez, sortez d'ici!

Vous ne pouvez pas me virer, Madame Régane. Je crois qu'il est temps de vous mettre au courant. Je possède la moitié de ce club. Nous sommes associés. Kitty, préparez-moi un double Bloody Mary."

 

Bonjour, les garçons.

Bonjour, mon chien.

Tiens, Jean-Marie. Des demi-pointes

Merci, Jeanne. Violettes, génial! Merci. J'en rêvais.

Des bonbons à la framboise pour mon Totoff.

Oh, bisous. Et ça, c'est pour qui?

Pour tatie Danielle.

 

Ça y est. La voilà. Pas moyen de se trouver tranquille. C'est Jeanne. La soeur de Jean-Pierre.

 

Tiens, mets ça dans la cuisine, c'est pour le dîner. Où est tatie?

Dans sa chambre.

J'y ai le droit tous les mercredis soir. Les autres sont au tennis. Elle est bête!

 

Tatie, c'est moi!

Pour une surprise, c'est une surprise!

Mais c'est beau avec ce nouveau papier. Voilà, pour vous, tatie.

Merci. M'embrasse pas près de l'oreille. Ça résonne!

Pardon, tatie. Je m'assieds deux minutes? Ça fait vraiment bien!

C'est pas ça qui agrandit la pièce.

Alors, comment allez-vous, tatie?

Ça va.

Qu'est-ce que vous avez fait de beau cette semaine, tatie?

Rien. J'ai rien fait.

Mais, vous vous plaisez à Paris, tatie?

Non, mais à mon age, on ne choisit pas. C'est trop tard. J'ai vendu Auxerre, vous avez partagé l'argent. Ce qui est fait, est fait.

Vous ne regrettez pas pour l'argent de la maison, tatie?

Non. Je regrette de ne pas être là-haut avec mon Edouard. Je pourrais peut-être finir mon livre tranquillement.

C'était tellement généreux de votre part, tatie.

Ça se refait pas.

Il est beau, votre scarabée, tatie.

Oui, cadeau d'Edouard. Ce sera pour Catherine. Toi, tu ne mets pas de bijoux?

Non, pas beaucoup, tatie. Vous savez? Cet été, je vais m'occuper de vous en juillet, quand ils seront en Grèce. Je m'inquiète un peu parce que je ne suis pas une très bonne cuisinière, tatie.

Ça ne peut pas être pire que ta belle soeur!

Ah, c'est ça! Catherine s'inquiétait que vous n'ayez pas d'appétit, tatie.

C'est-à-dire que ça fait 80 ans que je mange français. Ici c'est salade aux kiwis, poisson cru au citron vert et j'en passe. A Auxerre, on mange des paupiettes. Au fait, t'es toujours fiancée?

Oui.

Il a quel age, ton fiancé?

35, bientôt 36, tatie. Pourquoi?

Ça fait une grosse différence avec toi.

Dix ans, tatie.

Enfin, t'es déjà bien à en avoir trouvé un. J'espère que tu me le présenteras, un jour.

Oui, oui, bien sûr. Mais il n'est pas à Paris en ce moment.

Voilà. Je m'étonnais.

Bon, je vais préparer le dîner.

C'est ça. Tiens, en fait, apporte l'hortensia dans le salon. Ici, ça m'encombre.

 

Je t'ai dit qu'elle était idiote.

 

Mange pas tous les bonbons; t'auras plus faim pour le dîner. C'est bientôt prêt.

C'est le bouquet, maintenant il s'habille en fille .

Qui?

Jeanne-Marie.

Jean-Marie. Mais non, c'est sa tenue de danse.

...Qui aura l'idée que c'est un sport de fille.

Je vous assure. Il y a beaucoup de garçons qui en font.

Y a garçon et garçon.

Passe-moi le poivre en grains, mon Totoff.

A Auxerre les garçons jouent au football.

A gauche.

Qu'est-ce que c'est?

C'est une entrée. Tomates mozzarella.

Arrête de t'agiter comme ça.

Alors, tu commences par le fromage? En effet, pour cet été, ça promet.

 

Je suis content d'aller au square avec ma tatie.

 

Ma tatie!!! Ma tatie!!!

Comment elle s'appelle, ta tatie?

Taaaatiiiiiiiie Danielle.

 

"Je suis content d'aller au square avec ma tatie." Quel crétin , ce gamin!

 

Ça m'a fait du bien, cette petite promenade.

 

Ça coulait sans arrêt.

Arrête de dire des horreurs pareilles.

Je te jure...

Bon soir! C'est nous!

On est dans la chambre.

Oh, ben alors, j'ai pas le droit à un petit bisou? Mais, qu'est-ce qui se passe?

Toto a perdu tatie au square. Il l'a cherchée pendant une heure.

Et où est-elle?

Elle est rentrée toute seule. Elle va bien. Elle n'a pas dit qu'elle l'avait perdu. Je me suis pas inquiété. Le pauvre, il a eu peur.

 

(Tatie tire la chasse d'eau.)

 

Transcription 5 (12 mn 56 sec)

Personnages: tatie Danielle, Jean-Pierre, Catherine, Jean-Christophe, Jean-Marie, Jeanne (la soeur de Jean-Pierre), Agathe, Mme Langman (cliente au salon de beauté)

 

Tu veux que je te dise, mon pauvre Edouard?

Tatie?

Bonjour, maman.

Qu'est-ce qu'elle a à aboyer comme ça?

Ne dis pas de bêtises. Elle les pousse dans leur dernier retranchement. Elle est formidable.

Elle est trop masculine.

Non, elle est superbe.

Regarde la montre qu'on peut gagner.

Ouais. Pas mal. Un peu épaisse.

Qui se sert des cornichons et ne remet pas le couvercle? Ne grapillez pas le fromage comme cela. Prenez un couteau.

Le petit loup, tu traines ce matin? On part dans dix minutes.

tatie est dans la salle de bains. Elle ne sort pas. J'ai l'impression qu'elle prend un bain.

Un bain?

Je ne comprends pas pourquoi elle s'obstine à faire sa toilette en même temps que nous. Elle a toute la matinée pour la faire.

Elle a l'habitude de se lever tôt, sûrement. Dis-le-lui.

Non, j'ai peur de la vexer. Mais vas-y. Vas-y, dis-lui.

 

Tatie, c'est Jean-Pierre. Vous avez bientôt fini?

Non.

Catherine a besoin de la salle de bains.Elle va être en retard. tatie! tatie!

Je voudrais ma trousse de maquillage.

Catherine voudrait juste prendre sa trousse de maquillage.

Femmes fardées, ciel pommelé sont de courte durée.

 

Encore cinq petites minutes sur l'autre face, Mme Langman.

Alors, ça y est? Vous avez tout?

Oui, j'ai les billets d'avion aller-retour Paris-Athènes et ensuite ceux du bateau pour aller à Heraklion.

Il y a combien d'heures de bateau?

Douze heures. C'est un peu long mais la traversée est très belle , paraît-il, surtout la nuit. J'ai toujours rêvé de passer la nuit en mer.

Et après, vous êtes arrivés?

Non, il y a encore un petit bout de route en minibus jusqu'au village Poséidon. Le voilà.

C'est là? Oh, c'est ravissant. Qu'est-ce que c'est beau, la Crète! Découvrez la Crète, le sens inné de l'hospitalité sur les routes non-goudronnées du nord et du sud à dos d'âne."

Ah, oui.

Non, non. On ne fait pas ça; c'est en option. On ne bouge pas. On est trop fatigués. On a tout sur place. Tenez. Des bungalows, télé, air conditionné &emdash;ça, c'est en option, mais c'est indispensable. Au déjeuner: buffet, vingtaine de plats froids, douze plats chauds servis toute la journée.

Parfait pour les enfants!

Tous les sports, night club, boutiques. Il y a même une petite chapelle reconstituée.

Qu'est-ce que vous allez être bien!

 

Les Jardins de la Beauté, bonjour.

Ah bonjour, Mme Lafosse. Oui, bonjour. C'est Catherine. Oui, demain. Oui, bien sûr. On fait la moustache, alors? D'accord. Le maillot aussi? Alors, vous n'oublierez pas votre slip de bain. C'est mieux pour l'échancrure. Oui, c'est ça. A demain, Mme Lafosse. Au revoir.

 

Je viens à cinq heures demain? Je peux rester un peu plus?

Ah, demain, vous supporterez un quart d'heure. Remarquez, vous avez déjà pris pas mal, hein?

Vous partez quand?

A la fin de la semaine. Et vous?

Non, moi, je ne pars pas cette année.

Moi, encore un mois.

Et ben, ça approche. Allez, au revoir, à demain.

Bon soir, Mme Langman. A demain.

 

Bon.On va bientôt fermer.

J'sais pas quoi faire à dîner ce soir.

Moi, je fais des paupiettes. Ça change un peu.

Oh, ma petite belle-soeur! Quelle surprise!!

Je suis venue te chercher.

C'était prévu?

Non.

 

Oh, je n'en reviens pas. Vraiment, ça me sidère. Mais, comment Johnny a-t-il pu bien faire une chose pareille? Il est tellement doux. C'est peut-être le choc. Il va revenir. T'inquiète pas.

Non. Puisque je te dis que c'est fini! Il me l'a dit. C'est fini.

C'est pas possible. Il adore les enfants.

Ceux des autres. Tu peux pas savoir. Moi, j'étais tellement contente de lui dire que j'allais faire un bébé. Un bébé, tu te rends compte? Je vais avoir mon bébé. Ça faisait tout de même cinq ans qu'on essayait. Il m'a fait suivre 4 traitements.

Ben, oui, mais tu sais, tous ces problèmes d'éprouvettes. Ça peut bloquer un homme. Il a fait un rejet. Je ne sais pas, moi, il a craqué.

Craqué? Et moi, je vais pas craquer? Attendre un bébé à 45 ans. Et puis il me quitte le jour où il apprend la nouvelle?

Calme-toi. Reprends-toi. Reprends-toi. Calme-toi.

Je dois être affreuse.

Ça, c'est pas grave; j'ai un gros sac d'échantillons, on te fera une beauté à la maison.

Ah, non. Je ne monte pas chez toi. Qu'est-ce que je vais dire à Jean-Pierre?

La vérité, enfin! C'est ton frère! Tu sais bien qu'il t'abandonnera jamais!

Je ne veux pas que tatie me voie comme ça. Déjà chaque fois qu'elle me voit, c'est "Pourquoi t'es pas mariée? Pourquoi tu ne me présentes pas Johnny?" La dernière fois que je l'ai vue, elle était même presque méchante. Elle me prend pour une idiote. Oh, j'ai honte; j'ai honte. Mais, qu'est-ce que je vais devenir? Je vais avoir un bébé toute seule.

Calme-toi. Pour tatie, tu te fais des idées. On ne dira rien pour l'instant. D'accord?

D'accord. T'es un ange.

On sèche ces larmes.

 

Tu vas garder ton enfant.

Oui, Jean-Pierre.

Tu l'as désiré. Tu t'es battue pour l'avoir. Tu dois le garder.

Oui, Jean-Pierre.

Tu sais, Catherine et moi, nous serons toujours là pour t'épauler. Tu le sais?

Oui, Jean-Pierre.

Maintenant avec l'argent de tatie, tu vas pouvoir l'élever tranquillement.

Oui, Jean-Pierre.

Je ne veux pas que tu pleures. Tu dois être forte.

C'est la fumée. Tu peux pas éteindre ta cigarette? J'ai la gerbe.

Pardon, excuse-moi. Je suis complètement idiot! Tu es sûre que tu ne veux pas que je parle à Johnny?

Non, pas Johnny! Pas Johnny!

Bon, bon. Très bien. Très bien.

Ça va, tatie?

Elle t'a pas entendue.

Qu'est-ce que vous diriez d'une petite infusion?

 

A quoi tu penses?

Je pense que tu vas pas pouvoir garder tatie en juillet. Tu vas venir avec nous en Grèce.

Et tatie?

T'inquiète pas. J'ai mon idée.

Remarque, j'appréhendais beaucoup ce mois de juillet avec tatie.

Moi aussi. Tu sais, je crois qu'on a fait une énorme bêtise en la prenant avec nous. Je vais te dire quelque chose, (mais ne dis rien à Catherine): je crois qu'elle est méchante.

Ah, c'est ça. T'as raison! Elle est méchante. J'ai même jamais vu quelqu'un d'aussi méchant.

 

Edouard, j'en ai une bonne à te raconter. Le Johnny, on n'est pas près de le voir. Jeanne a un polichinelle dans le tiroir.

 

Tu ne manges rien?

Je peux pas. J'ai la gerbe. J'ai une boule là.

Moi, avec Jean-Marie, ça a duré jusqu'au sixième mois. Voilà Jean-Pierre. Tu veux manger, mon chéri?

Ce que tu veux.

Le plat du jour avec un petit pichet de rosé.

Voilà. J'ai rédigé l'annonce: "Urgent. Paris. Cherche personne sérieuse pour garder dame agée, 3 premières semaines de juillet. Références exigées. 47.58.67.30 la journée, 47.47. 44.21 avant 9h où après 19h."

On est des monstres.

Tout ça, c'est de ma faute.

Qu'est-ce que vous racontez? On prend quelqu'un qui ne va s'occuper que d'elle. C'est pas ça, des monstres, tout de même.

Il faut quelqu'un de sérieux.

Qui est-ce qui va l'annoncer à tatie?

Mais moi, je vous l'ai dit et vous verrez qu'elle va très bien le prendre.

 

Edouard, tout le monde part en Grèce maintenant, même l'idiote. Une fille-mère dans la famille! Quelle honte! T'as vu, ça n'a pas été long. Ils m'ont pris tout mon argent et maintenant ils m'abandonnent. C'est une garde qui va s'occuper de moi pendant les trois semaines. Ils ont mis une annonce dans le journal. Comment je sais? C'est Jean-Pierre qui me l'a dit, pardi. Il est arrivé tout mielleux. J'ai tout de suite flairé le traquenard. Tu me disais toujours: "Mon neveu est une moule." Le fils, c'est pareil, une moule! C'est une idée de Catherine et de l'idiote. Elles sont là, à se faire des mamours toute la journée. Elles le mènent par le bout du nez, cette moule, ce grand lâche. Le fainéant. Le scarabée et le collier de perles, ils ne les auront jamais. Tu m'entends? Jamais. Oh, jusqu'à présent, j'étais gentille, mais maintenant ça va changer. Edouard, Edouard, j'ai plus qu'à mourir. Mon dieu, aidez-moi à me venger.

(Toc, toc, toc)

Oui, Entrez.

Tatie, on va se mettre à table.

J'arrive, mon petit.

 

Jean-Pierre! Jean-Pierre! Viens tout de suite! tatie est malade!

Qu'est-ce qui se passe?

Elle a vomi partout! Viens m'aider. Appelle le docteur Gélin.

 

C'est parfait. Vous avez 37. Vous avez eu une belle crise de foie, tout de même. Aujourd'hui je suis obligée d'aller travailler. J'ai manqué 4 jours et Agathe est débordée à l'Institut. Tout va bien?

Ça va.

Essayez de vous lever un peu aujourd'hui. Le docteur a dit que ça vous ferait du bien. Je vous ai tout préparé: vos médicaments, votre repas. Si le téléphone sonne, ne répondez pas, c'est sans importance. J'essaierai de rentrer plus tôt.

Comme c'est gentil.

Au fait, Jean-Pierre voulait inviter nos amis, les Lemoine samedi. Ça vous dérange pas?

Pas le moins du monde.

Ah, je vous ai acheté de la lecture.

Merci.

Bon. A plus tard. Je file.

C'est ça. Filez. Poufiasse!

 

Transcription 6 (11mn 42 sec)

Personnages: Tatie Danielle, Jean-Pierre, Jean-Marie, Jean-Christophe, Catherine, M. et Mme Lemoine (amis des Billard), Agathe, Mme Lafosse, Sandrine Vonnier

 

Tu les mets bien parallèles, hein, mon Totoff?

C'est quoi, parallèle?

Bien droit; l'un à côté de l'autre, près du bord. C'est bien, mon ange.

Maman, tatie n'a rien voulu. Elle va se coucher. Elle est fatiguée.

Mais, qu'est-ce qu'il y a encore? Bon, écoute. Je termine ça. J'irai la voir après. On n'aurait pas dû inviter les Lemoine. Ça va faire du bruit pour tatie.

Mais non, cet après-midi je l'ai entendue chanter. Je vais te faire un petit chemin de table, comme la dernière fois. Tu veux?

Merci, mon grand.

Allez. Je descends acheter des anémones et du gypsophile.

 

Le pays est magnifique. Le problème majeur en Grèce, ce sont les Grecs. Odieux.

Pas possible que vous plaisantiez.

Oh, non, pas du tout. Ils sont odieux.

Marc a raison. Mais tu sais, on les voit tout de même très peu.

Juste pour tremper mes lèvres.

J'espère surtout qu'il y aura des jeunes.

Oh, ça, énormément! Surtout des Nordiques! Vraiment délicieux! Le petit coulis est très bien relevé. C'est Lenôtre?

Pas du tout. C'est un jeune artisan charcutier juste à côté de l'Institut.

Surtout, gardez-le!

A croire qu'ils ont horreur des touristes!

Moi, y en a une que j'aime beaucoup. J'aime Melina Mercouri, mais on la voit beaucoup moins en ce moment.

J'ai entendu dire qu'elle est ministre de la culture.

Ah, oui, c'est vrai. C'était pas la belle-mère de Joe Dassin?

Absolument! Bon, eh bien, je lève mon verre à votre voyage.

A la Grèce!

A la Grèce!

Je vous présente ma tante, Mme Billard.

Ne vous dérangez pas pour moi. Je vais m'asseoir dans le fauteuil.

Vous, vous prenez Air France, j'espère. Le service est parfait.

Oui, oui.

Vous restez longtemps à Athènes?

Presque quatre heures.

Ah, si vous restez quatre heures à Athènes, vous avez largement le temps d'aller visiter la Plaka. N'est-ce pas, chérie?

La Plaka?

Oh oui, oui. La Plaka, c'est ravissant!

Il faut absolument qu'on leur donne l'adresse du bijoutier.

Lequel?

Tu sais, celui qui faisait des bracelets en argent avec des têtes de bélier.

Oh, oui, oui. J'ai dû garder leur adresse quelque part.

Enfin, vous arrivez avec un gros paquet de marks. Là-bas, l'Allemand est roi.

 

Si vous aviez un petit quelque chose à manger, ce serait pas de refus.

Oui, oui. Tout de suite, tatie. Tout de suite.

Elle est drôle, votre tante.

 

Va t'occuper de tes invités. Je vais le préparer.

Tu peux le croire? C'est de pire en pire.

Et pour l'annonce?

N'en parle pas, c'est une catastrophe! On ne trouve personne. Trop, c'est trop! La coupe est pleine!

Et moi, si j'avais travaillé, merci, j'aurais été décoratrice. Si je m'écoutais, je changerais l'appartement tous les deux ans! Mais Marc, il est tellement traditionnel...

Vous voulez du sucre?

Non, merci. Jamais avec la citronelle.

Moi, je voudrais encore une tasse.

On peut dire que Blanchard, pour l'export, est très très très fort.

Comme ça, ça suffit?

Un petit peu plus... Encore.

Son problème, c'est qu'il n'a jamais su déléguer. C'est un homme qui doute.

D'ailleurs, ....

Oui, il faut jamais épouser sa secrétaire.

Ho ho ho. Là, vous êtes dur!

J'aime beaucoup la tonalité de votre salon.

Oui, j'ai toujours adoré le jaune. C'est tellement lumineux. Jeanne?

Non, merci.

C'est du décaféiné.

Alors, oui, j'en veux bien.

Tenez, par exemple, en ce moment, j'ai une toquade pour les stores bouillonnés....C'est terrible de vieillir.

 

Tais-toi, imbécile!

Va t'en!

 

C'est moi.

Attention. C'est de l'huile qui a coulé sur la moquette.

Comment ça va, tatie, aujourd'hui?

Elle est de mauvaise humeur. Elle regarde un peu la télé.

Il y a eu des réponses?

Oui, ça n'allait pas.

Bonsoir, tatie. Regardez, tatie. Je vous ai acheté une petite télévision pour votre chambre. Pour les vacances quand il y aura votre garde, ce sera plus pratique.

La semaine prochaine, je serai morte.

Qu'est-ce que vous dites là? Le docteur vous a trouvée en pleine forme hier. J'aimerais bien avoir la même tension que vous! Bon, je vais vous l'installer.

Y a une petite boîte?

Bien sûr.

On roule sur l'or ici!

Où sont les garçons?

Jean-Christophe est chez le petit Vincent. Jean-Marie et Charles répètent une scène pour la fête de fin d'année à l'école. Ils sont dans la chambre.

 

Ça avance, les garçons?

Ça avance mais c'est dur. C'est du Racine.

 

Non, non, Agathe s'occupe de tout. Elle est formidable, dynamique.

Ils sont longs à servir.

Calme-toi. Ça va.

Non, mais j'ai une cliente à deux heures.

Dis-moi. Jean-Marie, il blondit ou je rêve?

C'est rien. C'est de l'eau oxygénée.

Comment ça, de l'eau oxygénée?

Mais, c'est pas grave! Ce qui est grave, c'est les réponses pour tatie. Tu te rends compte? On n'a eu que 6 réponses et personne ne convient. Ce matin, elle avait encore mouillé son lit. On ne va jamais trouver à la faire garder.

Ce sera pas la première vieille dame qui pisse au lit.

J'sais pas, mais on part dans une semaine et on n'a trouvé personne!

Je sais. Ça doit tout de même bien exister, quelqu'un qui puisse garder tatie.

 

Oh, je suis en retard.

Vous avez eu deux appels pour l'annonce.La première, ça ne convenait pas pour les dates; l'autre dame pouvait passer cet après-midi. Je lui ai dit d'accord. J'ai bien fait?

Bien sûr. Merci, Agathe. Elle vous a rien dit du tout?

Non, seulement qu'elle avait des références. Voilà son nom. Sandrine Vonnier.

Très bien. A quelle heure?

16 heures. Mlle Milhaud est là.

C'est pour quoi déjà?

Les aisselles.

Bonjour, je voudrais parler à Mme Billard. Je suis Sandrine Vonnier.

Oh oui, on arrache.

Moi, je mets toujours des gants parce que je suis allergique aux produits. Voilà . Tout est très facile à faire fonctionner. Je vous écrirai tout sur un petit carnet. Ah, je vous ferai aussi une liste de plats pour ma tante. Elle est assez difficile.

Très bien.

Je vous ai fait monter cinquante boîtes de Canigou pour Couic.

Vous savez, j'suis pas très chien.

Vraiment, vous me rendez service. Vous verrez, il est très affectueux. On s'y attache. Voilà votre chambre. Il y a deux lits. Je vous ai vidé un grand placard. Ça vous suffira?

Oh, oui. Tout ce que je possède tient dans un sac de voyage.

Là, ce sont les toilettes. Ma chambre est tout de suite à droite. Et tout au fond, c'est celle de ma tante. Je vais vous présenter. Vous êtes avertie &emdash; elle est un peu imprévisible!

Oui.

Tatie, je voulais vous présenter Mlle Vonnier qui va s'occuper de vous pendant les trois semaines. Jean-Pierre vous avait déjà parlé d'elle.

 

Bonjour, Madame.

Bonjour, Madame.

C'est une demoiselle. Vous pouvez l'appeler Sandrine.

C'est donc à vous qu'on m'abandonne.

Vous savez, elle a l'habitude de s'occuper de dames agées. Elle va bien prendre soin de vous. N'est-ce pas, Sandrine.

Oui, bien sûr.

C'est ce qu'on verra.

On va vous laisser. J'ai encore deux ou trois bricoles à montrer à Sandrine dans la maison.

C'est ça. Montrez-lui les bricoles.

Au revoir, madame. Alors, à demain.

Au revoir, mademoiselle.

 

Qu'est-ce que t'en penses, Edouard?

 

Bonjour. Il est 8 h. Réveillez-vous. Allez, réveillez-vous.

Je ne veux pas me lever.

Vous ne voulez pas vous lever. Pas de problème. C'est comme vous voulez. Allez. A plus tard.

 

J'étais un peu longue, hein. C'est pratique pour faire les courses. Y a un magasin sur deux qui est fermé. Votre chien qui avance pas. On va manger un peu en retard. Ça ne vous ennuie pas?

Même si ça m'ennuyait, de toute façon, j'ai pas le choix, et deuxièmement, c'est pas mon chien.

Je pourrais avoir un verre d'eau fraîche? Vous ne comptez pas me faire manger dans la cuisine tout de même?

Si, mais si vous ne voulez pas, c'est pas un problème. J'ai pris des paupiettes. Ça vous va?

Ça ne peut pas tomber mieux. J'ai horreur de ça.

 

Je vais la mater, celle-là!

 

Transcription 7 (9mn 21sec)

Personnages: Tatie Danielle, Sandrine Vonnier, Michael.

 

J'ai faim.

Vous n'aviez qu'à manger à l'heure du déjeuner.

J'avais pas faim à l'heure du déjeuner.

C'est dommage. Vous mangerez mieux ce soir.

C'est un monde! Vous êtes payée pour vous occuper de moi, tout de même.

J'suis pas payée pour tourner en bourrique! Vous avez des petits gâteaux planqués dans votre chambre. Vous pouvez en grignoter. Ça vous fera patienter.

Quelle feignasse!

 

Vous sortez?

Oui, je vais faire une petite promenade.

Vous voulez que je vous accompagne?

Non.

Votre nièce m'a dit que vous ne sortiez pas seule.

Ma nièce n'a pas d'ordres à me donner. Je fais ce que je veux.

Bon. Amusez-vous bien.

 

Bonjour. Votre petit déjeuner est prêt. Je vais faire votre chambre. C'est pas vrai!

 

Qu'est-ce qu'elle a encore?

J'ai soif. Je voudrais de l'eau sucrée.

Vous ne trouvez pas que vous pissez assez au lit comme ça?

Mais, t'as vu comment elle me parle?

 

Je descends faire les courses!

Mais, qu'est-ce que vous faites?

Rien, je reprends les 200 balles que vous m'avez piquées cette nuit dans ma veste. J'en ai besoin pour faire les courses. A tout de suite!

 

C'est pas vrai. Non, mais, c'est une truie, cette vioque! C'est pas possible! Allez. Tire-toi de là! Tu trouves pas que c'est assez dégueulasse comme ça?! Mais vous avez vu dans quel état sont les toilettes?! Vous me prenez pour qui?

Mais vous êtes là pour ça.

C'est ça, pleure. Tu pisseras moins!

 

Edouard. Je suis pas enflée? Pourtant j'ai mal; elle m'a giflée. Une femme de mon age! Jamais personne n'a osé lever la main sur moi. C'est même pas moi qui ai sali les toilettes. Non, c'est pas moi. Oh, il est plus de 9 h. Tu te rends compte? Elle est même pas rentrée. C'est un monstre!

 

Oh merde. Il faut descendre le chien.

.....

Je le déteste!

.....

T'es un amour.

...

Je vais préparer le dîner.

...

 

Edouard, j'ai peur. Elle a ramené un homme!

Oh vous dormez. Vous voulez dîner?

Non, j'ai pas faim.

Bonne nuit.

 

C'est un ami, Michael. Il a dormi là.

Ah bon?

......

Je comprends rien.

Il dit qu'il va visiter les châteaux de la Loire pendant quelques jours.

Je descends chercher le courrier.

 

On n'avait jamais dit ce prix là! ...Ben, non. J'aurais jamais fait faire la réparation!... Et je les trouve où, moi, les 7.300 balles?... Mais vous savez bien qu'elle est pourrie, ma bagnole! ...Je ne les ai pas, monsieur!... Oui, ben, vous êtes un escroc. Voilà, c'est tout, hein!... Je ne vous insulte pas. Je dis que la vérité! Je trouve que c'est comme ça. Bon, écoutez. Ça va comme ça. Au revoir. .... Qu'est-ce que vous voulez, vous?

 

J'ai soif.

Eh ben. Vous savez pas ouvrir un robinet?

Pourquoi vous criez?

Je me suis fait avoir par un garagiste malhonnête. J'ai une voiture pourrie. Je lui fais faire une petite réparation et il m'en colle pour 7.300 francs. Comment voulez-vous que je trouve une somme pareille, moi ?! J'irai jamais chercher ma voiture. Voilà! C'est tout, hein?! Vous avez du linge à laver? Je fais la lessive.

Juste ma chemise de nuit et deux mouchoirs.

Et vos draps?

Non, non. Pas aujourd'hui.

Eh ben, il y a du progrès!

Je peux vous la payer, moi, la réparation.

Mais vous n'y pensez pas! J'en ai pour 7.300 francs.

J'ai ma retraite.

Votre retraite!? Vous n'avez jamais travaillé de votre vie!

Si! Ma retraite de veuve de colonel!

Et vos neveux? Qu'est-ce que vous leur en direz?

Mes neveux! Je n'ai rien à leur dire! Je fais ce que je veux de ma retraite. Je leur ai déjà donné ma maison! Pour ce qu'ils m'ont remerciée!

 

A l'ordre du Garage Gassot Frères.

Gassot, avec deux s?

Oui, c'est ça.

Voilà.

Merci. Bon, ben, j'y vais tout de suite. C'est un peu loin. C'est à Levallois.

 

Transcription 8 (11mn 40 sec)

Personnages: Tatie Danielle, Sandrine

 

Je vous préviens. C'est tout ce qu'il y a. J'ai pas eu le temps de faire les courses.

C'est pas grave. Où est la voiture?

Je suis garée dans la rue derrière.

C'est très gentil ce que vous avez fait.

Ça m'a fait plaisir de le faire.

Comment je vais faire pour vous rembourser?

Vous pourriez me le couper en petits morceaux. J'arrive pas. C'est pas la peine de me rembourser. Je voulais vous les donner; on n'en parle plus. C'est mon argent. J'ai des comptes à rendre à personne.

C'est la première fois qu'on me fait un cadeau. J'en reviens pas! J'ai été un peu fort l'autre jour. Mais, vous l'aviez cherché, hein?!

Oui, vous avez été un peu fort. Ne recommencez plus.

Je t'embrasse pas. J'ai horreur de ça, mais le coeur y est.

Moi aussi. J'ai horreur de ça.

Ça te dirait de faire une petite promenade en voiture?

Oui, ça me changerait les idées.

Au fait, ça ne te dérange pas si je te tutoie?

Non, ça ne me dérange pas. Bon, alors, on va la faire, cette promenade?

Oh, ce chien! Mais qu'est-ce que tu peux être crétin!

Oh, il est comme mes neveux!

 

Edouard, elle s'est excusée. On va faire un petit tour dans Paris avec notre voiture!

Mais, à qui tu parles?

A personne.

On y va?

On y va.

 

Qu'est-ce qu'il pue ce chien, mais c'est une infection! Allez! Va-t-en! Tu mets pas le son?

Non, ça me fatigue. Je préfère regarder les images. Il marche pas?

J'sais pas ce qui se passe, il y un truc qui coince. Ça doit être mon déclencheur. Il est tellement vieux, mon appareil. Mais je l'aime bien.

Je ne savais pas que tu aimais la photo.

J'adore! Je te montrerai mes photos, si tu veux.

Où sont-elles?

Chez ma copine, Nicole. J'habitais chez elle avant. J'ai surtout fait des portraits. Ce que je voudrais bien faire maintenant, c'est des paysages. Mais alors, pour ça, il faudrait que je puisse voyager. Of, je verrai plus tard quand j'aurai mis de l'argent de côté. T'as reçu une cartes des neveux.

Ouais...

Ça a l'air beau, la Grèce.

Trop chaud pour moi.

Moi aussi, j'ai horreur de la chaleur. Tu sais ce qu'on devrait faire?

Non.

Partir avec la voiture faire un petit voyage de deux jours pas très loin.

Oui! Je voudrais trouver un petit coin bien frais.

Et oui!

De toute façon, c'est pas possible. Il y a le chien.

Ah, t'as raison! Il y a le chien!

 

Allez. Maintenant tu descends. Allez! Va te promener! Ce qu'il est con, ce chien! Allez, descends!

Le collier!

Oh! Putain, t'as raison!

 

T'as pas bougé?

Non.

T'es pas restée 2 heures dans la voiture quand-même?!

Si!

Je t'avais dit de te mettre au café! T'es têtue comme une mule, hein, toi!

Mais non. Ça allait. J'ai été m'acheter un petit morceau de cake.

Tu parles d'un petit morceau de cake! Ben question bouffe, tu fais un sans fautes, toi. T'as pas le droit au sucre!

Oh! Mourir de ça ou d'autre chose!

Ouais, en fin de compte, t'as raison.

L'hôtel de Michael?

Oui.

Ça va pas?

Non, ça va pas. Michael part dimanche.

Tu savais bien qu'il allait repartir.

Oui, bon, ben.Hein? Ça ne me fait pas sauter de joie.

Un de perdu, dix de retrouvés.

Qu'est-ce que tu en connais, toi?

 

Dis donc. T'as bon appétit, hein?

Oui. Toi, tu manges pas?

J'suis nouée. Le chien m'a même pas rappelé.

Il va appeler.

Tiens, c'est pour toi.

Tu es complètement folle, hein? Tu gardes tes bijoux.

Je t'ai dit que c'est pour toi.

Arrête, hein, tu sais bien que ça va faire du pétard avec tes neveux.

Eh, prends-le. Ça me fait plaisir.

Merci.

 

Elle est très triste. Mais, le cadeau, ça lui a fait plaisir. T'as eu une bonne idée, Edouard. L'Américain s'en va. Bon débarras!

 

Je vais faire ma toilette.

Je vais faire ma toilette.

 

Je peux entrer.

Oui.

C'était mon Américain.

J'avais compris. Il part quand?

Il part demain soir. Alors, justement, je voudrais bien partir ce soir avec la bagnole pour aller à la mer passer notre dernière nuit ensemble. J'en reviendrai demain matin. Oh, il y a tout ce qu'il faut à la maison. J'ai tout préparé. Je peux même demander à ma copine Nicole de passer, si tu veux. Je te téléphonerai de là-bas. C'est juste pour une nuit.

Non.

Pourquoi non?

Non.

Pourquoi non?

Tu es payée pour me garder, pas pour partir en weekend.

Qu'est-ce que ça peut te foutre? Tu dors. Tu prends ton petit déjeuner. J'suis là. D'ailleurs, je t'appellerai.

Non.

Quelle salope. T'as besoin de personne pour te garder; tu te débrouilles très bien toute seule.

Je suis pas une salope. Et toi, t'es une petite saleté. Voilà comment tu remercies. J'ai payé les réparations de la voiture! Tous les cadeaux que je t'ai faits! Tu m'avais dit qu'on irait en voyage toutes les deux!

Ecoute-la l'autre! J'ai rien promis, hein? Tu ne m'as pas achetée! Ça va pas, non?

Je vais téléphoner à mes neveux.

Vas-y! Te gêne pas! Personne ne m'empêchera d'aller à la mer! Tu entends? Personne!

Va partir à la mer! Si tu y vas, c'est pas la peine de revenir! Je te chasse!

Et comment que je m'en aille?! J'y vais tout de suite même! Tiens, puis le voilà, ton insecte de merde!

Saleté! Saleté!

Ouais, hein? Tu rendras ça à tes neveux! V'là leur téléphone! Comme ça tu peux leur cracher ton venin!

Saleté! Saleté!

 

Edouard. Edouard. Edouard.Edouard. Edouard.

 

 

Transcription 9 (9 mn 55 sec)

Personnages: Tatie Danielle, le reporteur, le commerçant, les gens dans la rue, la speakerine à la télé, les infirmières, le docteur, Jean-Pierre, Jean-Christophe, Catherine, Mme Mauprivet, Sandrine.

 

Ils m'ont tous abandonnée.Tous. Abandonée. Tous, tous, tous. Abandonnée. A tout de suite, mon Edouard.

 

Reculez. Laissez passer.

Mais qu'est-ce qui se passe?

C'est une petite vieille qui a été abandonnée toute seule. Ses enfants sont partis depuis 2 mois, paraît-il.

Deux mois?! Mais, c'est abominable! Mais ce sont des monstres!

Tu parles d'une pute! C'est pas vrai!

S'il vous plaît. Juste un mot.

Ah, non. Je travaille.

Et les neveux, ils avaient l'air comment?

La concierge, elle est en vacances. Je fais juste les poubelles. Je la connais pas, la dame.

 

Je comprends rien. Des gens charmants... des clients charmants...

C'est pas grave. On va reprendre.

Je comprends rien. Des gens ch...des clients charmants...Depuis des années ils venaient se servir chez nous. Hein? Je comprends....

Bon, on coupe, hein?

Des monstres pareils dans le 15e!? Jamais j'aurais pensé ça!

Ça passera quand?

 

Monsieur et Madame Billard? Veuillez me suivre, s'il vous plaît.

Qu'est-ce qui se passe? Où ils vont? Mais, où ils vont?

 

"Au milieu de cette actualité estivale en sommeil, un fait divers odieux à Paris pour réveiller nos consciences: Une vieille dame de 82 ans, abandonnée par sa famille. Depuis 3 semaines, la vieille dame était enfermée dans un appartement du 15e arrondissement, et comble de l'horreur, elle se nourrissait d'aliment de chien que ses neveux lui avait généreusement laissé. Parce qu'elle a mis accidentalement le feu...."

Baisse un peu. Ça va lui faire de la peine.

Oh non! On parle de vous, Mme Billard, à la télévision. Vous êtes une vedette!

Ah bon. Of. J'en vaux pas la peine. Je suis toute seule.

Mais non! Vous n'êtes pas toute seule puisqu'on est là! Tout le monde vous aime, vous bichonne. Regardez, on ne sait même plus où mettre vos fleurs! Il y a des télégrammes de toute la France, même de Belgique! Il y en a qui proposent de vous adopter. Et dans les journaux il y en a que pour vous.

Dans les journaux?

Oui.

Je peux les voir?

Non, le docteur l'a interdit.

Eteignez-moi cette télévision. Allons! Bonjour, Mme Billard. Que de fleurs!

'Y en a autant dehors.

Alors, vous avez repris des couleurs! Merci. Prêtez-moi vos lunettes; j'ai oublié les miennes. Tout ça me semble parfait. Vous êtes résistante, vous savez?!

Je pourrais sortir bientôt, docteur?

Comme vous y allez! Il faut bien vous reposer. D'abord, on va vous remettre d'aplomb. Vous revenez de loin quand-même.

On va pas leur faire du mal, à mes neveux?

Mais non. Aucun mal.

C'est pas de leur faute. Je sais bien que j'étais un fardeau.

Qu'est-ce qu'elle et mignonne.

Elle est adorable.

C'est dommage qu'on ne pratique plus la peine de mort.

 

Bonjour Madame LaFosse.

Bonjour, je voudrais prendre un rendez-vous pour la semaine prochaine. Catherine sera revenue?

Oui, elle revient lundi.

Comment elle va, la pauvre petite?

Ça va mieux. Mais enfin, il reste toujours quelques choses, vous savez? Les gens sont tellement mauvaise langue. Elle n'ose même pas faire ses courses dans son quartier.

Elle finira par l'oublier.

Vous savez, ça nous a fait du tort pour la clientèle. C'est là où on reconnaît les vrais clients.

Et la vieille folle? Qu'est-ce qu'ils en ont fait?

Elle est partie dans une maison de retraite, très bien, paraît-il. Le mari de Catherine a été très ferme; il ne veut plus en entendre parler.

Il a été bien. On va aider des gens et voilà comment ils vous remercient.

Moi, je disais rien à Catherine, mais passé un certain age, la maison de retraite, c'est ce qu'il y a de mieux. Sinon, ils vous font tourner en bourrique.

Tout à fait.

 

C'est moi! Oh, c'est mon Totoff! Où est maman?

Aucune idée.

J'suis là, chéri! Je me fais un petit masque pour me détendre. J'ai pris vingt ans.

Ben, où je t'embrasse, moi?

Arrête, c'est pas le moment de plaisanter.

Justement, c'est le moment.

J'ai une bonne nouvelle. Je viens de chez l'avocat.

Tu ne m'avais pas dit que tu y allais.

Je ne voulais pas t'inquiéter. Viens dans le salon. Je vais t'expliquer. Viens.

 

Jeanne va bien?

Oui, elle se repose. Alors, dis-moi.

Voilà. Lis: "Après enquête, les deux chefs d'accusations de nonassistance à personne en danger, et défauts de soins n'ont pas été retenus.

Oh! Ah, quand-même, il y a une justice!

Toutes les poursuites du parquet sont abandonnées. Voilà Mme Billard!

Ce que je suis soulagée. Si tu savais...

Pleure pas, mon petit loup.

C'est la joie!

Tu sais que ma tante aurait pu être inculpé d'outrage, mais vu . son grand âge, le parquet abandonne tout. Ils m'ont aussi parlé de la garde-malade. Je préfère arrêter tout. On tire un trait. C'est ce que tu voulais?

Tu sais, j'y pense toute la journée. Ça m'obsède. J'arrive pas à comprendre tatie Danielle. Mais, qu'est-ce qu'on a pu faire pour qu'elle nous déteste comme ça?

 

 

Transcription 10 (6 mn 15 sec to credits, 8 mn 25 secs to end of credits)

Personnages: Les infirmières, le docteur, tatie Danielle, Catherine, Mme Mauprivet (une vieille à la maison de retraite), Sandrine Vonnier.

 

Tout va bien?

Qui c'est?

Bonne nuit.

Ben, pourquoi elle pleure, Mme Mauprivet? Je parie que c'est encore Mme Billard qui était méchante.

Elle ne veut pas me laisser regarder dans sa télévision.

Vous avez fini de torturer cette pauvre Mme Mauprivet? C'est moche ce que vous faites. Qu'est-ce qu'elle vous a fait?

Elle pue. Un point, c'est tout. Elle pue.

C'est vrai que vous ne sentez pas la violette. Allez, venez. On va arranger ça. On va faire un petit brin de toilette. Mais, pourquoi vous voulez absolument toujours regarder la télé avec elle?

C'est la seule qui a Canal Plus.

 

Oh! oh!

 

Bonjour, Mme Billard.

Bonjour, docteur. Bonjour, mesdemoiselles.

Vous êtes courageuse de venir comme ça tous les dimanches.

Je peux tout de même pas l'abandonner. Elle est toute seule. Comment ça se passe?

Hier, elle était très calme. J'ai cru qu'elle était malade. Mais toute la semaine, ça a été un enfer. Elle dégueulasse tout.Ah, elle nous fait la totale.

Elle est terrible! Elle fait pleurer toutes les vieilles. Vous connaissez pas la dernière, docteur. Hier elle a enfermé la mère Vincent dans les douches!

Bon, écoutez, j'y vais. Je vous ai apporté des fleurs pour votre gentillesse.

Oh, merci. Elles sont superbes!

Tu as un vase?

Ouais.

Courage!

Bonjour.

45, rue du Commerce, s'il vous plaît.

Vous avez un itinéraire préféré?

Non, comme vous voulez.

Vous avez laissé quelqu'un que vous aimez bien? Oh, faut pas pleurer. Ils sont très heureux, les petits vieux, ici.

 

Voilà. C'est là.

Entrez.

Mme Billard, je vous présente ma fille, Ginette. Voilà ce que vous aviez demandé.

Je vous ai apporté de la moutarde forte, du Tabasco™, et puis un pot de cornichons. Oh, mais, il n'y avait plus d'éclairs au café. Ils sont au chocolat.

Très bien. Je vous remercie.

Voilà, on vous laisse.

Si vous avez encore besoin de quelque chose la prochaine fois, dites-le à maman.

Elle est gentille, ma fille, hein?

Oui, mais qu'est-ce qu'elle est laide!

 

Je vous ai fait prévenir, mais de toute façon, vous n'auriez pas pu l'empêcher de sortir. Vous n'êtes pas civilement responsable . Enfin, le mystère reste entier. On prépare pour la prochaine pensionnaire.

Bonjour. Vous parlez d'une histoire!

Mais, qu'est-ce qui s'est passé?

Personne l'a vue partir - elle n'a même pas laissé un mot. Rien. En tout cas, elle n'a pas pu partir toute seule. Elle a pris le toutes ses affaires, sauf la télé et le décodeur.

Oui, bizarrement. Pour l'instant, on les a prêtés à Mme Mauprivet qui n'en avait pas.

Oh, on se demande bien qui aurait pu enlever une carne pareille?

C'est inimaginable.

Je l'aimais bien quand-même. Je ne sais pas pourquoi ... mais, des fois, elle regardait par la fenêtre pendant des heures, comme si elle attendait quelqu'un.

Vous voulez reprendre la télé et le décodeur?

Non, vous pouvez les laisser à la vieille dame.

 

Elle va revenir, Mme Billard?

Non, elle ne va pas revenir. Jamais.

Jamais?

Oh, elle ne vous en a pas assez fait? Vous en redemandez?

Elle était gentille.

 

Ça va? C'est bon?

Ah, oui, c'est bon. Et puis, c'est très facile à mâcher.

Ah, je vais faire une photo.

 

C'est le Mont Blanc.

 

FIN

 

 


 

Transcrit par Karen Girondel, Lexington High School, Lexington, MA 02421 3/17/00